Deux fois par an

Jean, trentenaire, arpente chaque jour une route droite, infiniment rectiligne, semblable à la colonne vertébrale de la ville. Sur cette artère où défile une foule disparate, les rencontres se font au hasard des déambulations. Un jour, Jean y croise Mitsy : l’ange venu de nulle part. Une relation faite de vitesse et de non-dits se met en place tandis que Jean continue de se rendre chez Zorba, un personnage perfide qui tente de le maintenir sous son emprise. Enchaînant à un rythme soutenu city trips et découverte d’une série d’îles, Jean et Mitsy dessinent leur propre carte de l’Europe, à moins qu’ils n’écrivent les pages de leur histoire : un roman d’amour rock’n’roll.

Deux fois par an (roman), Bernard Gilson Éditeur, 2009.

Deux fois par an_Cover

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Zorba me sortit cette tirade pour la énième fois :

– Robert Johnson, Jimi Hendrix, Alan Wilson, Jim Morrison, Kurt Cobain : tous morts à vingt-sept ans. Comme moi, c’était il y a trente ans. J’ai claqué le jour où elle s’est fait la malle avec une tache. Et depuis, la tache c’est moi. Comme ces icônes issues du blues ou du rock, j’ai fait la route jusqu’au bout, parce que j’y croyais et que ne m’étais pas mis de limites. Tu comprends ? C’est un âge mythique, vingt-sept ans. Une sorte de cap que redoutent les poètes maudits et les amoureux éconduits. J’étais raide dingue de cette fille à l’époque. Elle était plus jeune que moi ; elle avait vingt ans. On n’était pas du même milieu. Au début, on s’en foutait pas mal, on s’aimait sans songer que cet état pouvait un jour nous mener vers une impasse. Notre différence sociale finit par briser cette histoire d’un coup net que je n’eus pas le temps de voir venir. Elle partit un samedi matin. Le milieu, la famille, le frère, son monde lui avait sans doute donné un coup de pouce pour mettre les voiles. Mon ego en prit plein la gueule. Sur le moment, j’eus l’impression d’être un Playmobil remis en place par un géant : ˝Allez, petit, retourne d’où tu viens. Il n’y a pas de place pour toi ici˝. Après, j’ai sombré. J’ai commencé à boire, à torcher dur. Trente ans de picole, ça conserve, je te le dis. Mais ça ne sèche pas les larmes, ça ne calme pas la douleur ».

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