Génération Raider

Chargé de rédiger une sociologie des bars de la capitale, Jason Van Bon, « mercenaire de l’écriture », se lance à corps perdu dans ce boulot à la forte odeur d’alcool et de recontres improbables. De bistrot en troquet, il découvre finalement autre chose…  L’amour et l’amitié le sauveront, mais pour un temps seulement, car les médias annoncent le Grand Truc, l’éclatement du pays, pour les mois à venir. Conscient qu’il vit un moment charnière de son existence, Van Bon relativise et se dit que tout ce qui nous entoure est appelé à être modifié, à changer d’aspect ou de nom, à l’image de ces biscuits nappés de chocolat que sa génération – celle des trentenaires en plein naufrage existentiel – appelait Raider.

Génération Raider (roman), Bernard Gilson Éditeur, 2007.

Génération Raider_Cover

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« La plupart des amis était partis. Chacun dans une direction dont on sentait le souffle depuis plusieurs années déjà. Il restait un sentiment diffus, entre l’abandon et le bon souvenir, quelques images de ce que l’on fut ensemble, des projets avortés, des promesses restées en friches, un réveil douloureux avec des rêves au pilon. Pourtant, nous avions été proches. Quelques photos jaunies l’attestent. Nous faisions partie de cette génération torturée née au milieu des années 1970. Les grandes révolutions étaient passées. Mai 68, nous avait-on raconté, avait jeté les bases d’une certaine liberté, ouvert pas mal de portes. Pas de guerre non plus. Aucun conflit majeur n’avait entravé notre quotidien. Mais bien des guérillas urbaines plus perfides : sida et chômage. On nous parla aussi de la chute du mur de Berlin en 1989, mais cela ne nous affecta en fait pas. Notre jeunesse, ce fut essentiellement les années 1990. Une décennie assez molle, sans style musical prépondérant (il y eut le grunge, bien qu’éphémère), avec un éclatement général et des possibles partout. Bref, nous avions tout pour être heureux, mais nous ne l’étions pas. On se complaisait dans cet état, on trouvait ça tendance d’être déprimé, désabusé. Être positif, ce tétait pas acceptable. Aussi, on s’interdisait de dire les choses. Il fallait enrober, suggérer, emballer, contourner, jongler avec le second degré, mais ne jamais dire avec franchise ce que l’on pensait ? Surtout pas à une fille. Discours direct interdit ! On gambadait dans le flou. Et puis, bien sûr, on buvait pas mal pour noyer tout ça. »

 

 

 

 

Comments are closed.