Story 21 : La course de l’escalator

LEscalatore matin, les escalators du métro de Bruxelles ressemblent à des monte-charges. Le commun des mortels mise beaucoup dessus. Sans doute trop. Il y a confusion entre escalier mécanique et tapis volant, entre assistance technique et démission physique. Il y a aussi des règles très strictes. Un code de la déroute mis en place tacitement. Les mollassons se rangent sur la droite, une main sur la rampe qui coulisse. Car la plupart se laissent porter, par les grandes marches d’acier, par les événements, par la vie qui déroule. La gauche est réservée aux plus véloces, à ceux qui n’ont pas renoncé au combat. Malheur à celui qui, la tête ailleurs, se trompe de file, de trajectoire – le monde n’aime plus les rêveurs. Et quand l’escalier roulant est en panne, c’est le drame matinal, la journée qui commence mal. Ça ronchonne ! Ça bouchonne ! Le plus grand nombre fait demi-tour et s’en va à la recherche d’un escalier traditionnel. Les autres font l’ascension comme si de rien n’était, en appliquant le même code. Sur la droite, ceux qui montent lentement, pestant sur le manque d’ergonomie des marches à l’arrêt. Sur la gauche, ceux qui courent pour donner l’illusion que la machinerie fonctionne toujours. Les escalators sont le reflet en réduction de notre vie urbaine : un petit monde qui avance, un petit monde qui stagne.

Lecture musicale : William Shatner, Common people

 

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