Story 23 : L’irrévérence d’un jour

ChainesSortir du cadre, de sa carapace. Cesser d’être lisse, au moins une journée dans sa vie. Engueuler les dieux. Pourrir l’ambiance. Casser le décor, défigurer le paysage. Insulter les proches, les amis, les collègues. Dire en face ce que l’on pense, en se foutant des conséquences. À trop rester conforme à l’image qu’on nous a attribuée, à trop jouer le rôle que l’on s’est créé, on en vient à oublier cette terrible force qui nous habite. Péter un câble. Bouffer son auréole. Se moquer de ce double mou et inanimé qui accapare nos pensées, de ce toutou docile qui pose nos petits actes quotidiens. Assumer notre côté diabolique, notre part très obscure. Courir haletant sur un fil de rasoir en tendant un doigt à la calanche. Envoyer des verbes au vitriol sur les places publiques. Mépriser le lâche qu’on est trop souvent. Être libre plutôt que rêver de l’être. Brûler les cierges à l’envers, embraser les lieux de culte avec nos yeux pleins de larmes bouillonnantes, crucifier notre manque d’ambition. Serrer les poings jusqu’à ce que les doigts craquent couleur sang. Se faire mal pour se sentir vivant. Chevaucher à travers les ravins de la mort en compagnie des poètes ivres, des chanteurs fous et des écorchés vifs. Dire non, pour changer. Accorder une poignée de main au Malin. Engorger la folie furieuse… au moins une journée dans sa vie.

Lecture musicale : Diabologum, La Maman et la putain

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