Story 101 : La ville vide

La ville videUn adage dit que « si on peignait tous les cons en vert, on serait vite à la campagne ». Car on est en ville… L’été. Le temps des grandes migrations vers un extérieur provisoire. L’essentiel du troupeau est parti, en transhumance, sur les routes menant dans le vert nature, dans le jaune soleil, dans le bleu éternel du ciel lointain que des étoiles filantes saupoudrent d’illusions. La ville ressemble à un évier qu’on vide après s’être rasé ; seuls quelques poils revêches s’accrochent aux parois, dessinant des zébrures inquiètes, des phrases dénuées de sens. Et tout est écrit d’avance. Bientôt – déjà – le chassé-croisé, les juillettistes et les aoutiens, vacanciers sur le déclin et proto-bronzés se snobant sur leur route respective. Le simulacre. La petite fuite sociale annuelle qui implique le retour au même endroit, auréolé de quelques souvenirs navrants et de rêves impossibles. Entretemps, la vie urbaine et estivale tourne au ralenti. Devantures fanées. Magasins et restaurants fermés. L’épicerie du coin repliée comme un transat en manque de chaleur. Des rues calmes, abandonnées, presque languides dans la moiteur de juillet finissant. Pas de panique. La rentrée remettra les choses en ordre, avec une furie démultipliée, le retour du cortège, la remise en place des impostures et du vide existentiel qui remplit les villes.

Lecture musicale : Quincy Jones, Summer in the City

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