Story 102 : L’insoutenable légèreté des jobs d’été

L'etudiantIl emballe un vulgaire légume avec autant de délicatesse que s’il s’agissait d’un vase en cristal. Il torture un livre neuf, caresse rêveusement une paire de chaussettes, sert des frites rageusement et met décidément trop de mayonnaise partout. Les yeux baissés, rivés sur le détail, sur les petites complications qui l’accompagneront tout le mois d’août, ou alors la première quinzaine de septembre. Caissier de supermarché, vendeur dans un magasin de vêtements, préposé-graillon dans un fast-food – gamin jeté en pâture aux clients les plus belliqueux. Trop concentré sur sa mission éphémère pour saluer, pour remercier et souhaiter une bonne journée. Maladresse mâtinée d’enthousiasme un peu forcé. Un student, un school, un jobiste. Avec comme une menace derrière lui, un « ancien » qui guide, ordonne, invective, reprend éventuellement la main si la fragile relation client-employé dégénère. C’est aussi ça l’été : les jobs étudiants. Une lenteur généralisée dans les commerces, une ode à l’inefficacité, un service déplorable. Une mauvaise expérience qui nous balance entre exaspération et compréhension émue. Car il arrive que tout ça nous renvoie à nos propres années, à nos souvenirs abhorrés de cet hier qui nous trimballait sur les routes en livreur de pizza ou de sushis. Tel est le poids de l’insoutenable légèreté des jobs d’été.

Lecture musicale : The Sonics, Money (that’s all I want)

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