Story 103 : Juste avant le verre de trop

Le verre de tropOn avait dit pas ce soir. Ou alors juste un verre. Car une voix intérieure nous commande de rester raisonnable en milieu de semaine, histoire d’arriver aux portes du week-end avec suffisamment de neurones. La tentation sociale et le contrôle de soi se chamaillent. Et puis on craque. En terrasse ou au zinc ? À voir. Les potes sont là, fidèles au poste, sans qu’aucun branlebas n’ait été donné. Car déjà l’apéro tintinnabule, les verres s’entrechoquent, les rires ricochent sur les murs, dans la rue. Petit brouhaha bistrotier qui enveloppe. Communion de troquet qui met les tracas quotidiens entre parenthèses. Échanges de regards, d’idées, de mots. Bientôt nos sens s’en vont courir dangereusement sur un fil tendu au-dessus de nos petites craintes non fondées – tomber ? Tout est en place, en accord avec l’heure, le lieu, l’instant. Exaltés, enthousiastes, nous voilà emportés dans des projets liquides. À refaire le monde et même la galaxie. À repenser la politique, les religions et les systèmes économiques – machines à mensonges. Ce moment où on est gris, simplement guilleret, encore conscient d’un bonheur tangible. Juste avant le verre de trop… Parce que l’horloge poursuit son chemin. L’apéro vieillit, il se pare de rides, il se courbe irrémédiablement vers la soirée où tout peut basculer et partir en vrille. Un dernier pour la route ?

Lecture musicale : The Jon Spencer Blues Explosion, Get Down Love

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