Story 104 : Dernier voyage en dégoutation gustative

dégoutationSucré, salé. Liquide, solide. Il y a une propension dégoutante à manger toujours plus mal. On ingurgite, on phagocyte, on absorbe, on pompe, mais on n’aspire à rien. Les étals des supermarchés sont le reflet malade de notre société dégénérescente. On a tout à portée de main – de bouche et de ventre –, les aliments du monde entier et même de par ici – si si. Mais on s’acharne encore et toujours à déifier la malbouffe. Du gras, du moche, surtout de l’inutile. On soda-gros, on obésifie, on gras-double, on ventripote, on barbaque, on mollifie. On aspartame gramme après gramme et pic et pic et kilogrammes, et bourre et lourd hippopotame. Une démission physique socialement et savamment orchestrée, par tout le monde, par personne. Comme en matière de culture, accès à tout et pour tous. Mais pour en faire quoi ? Du navrant, du naze et du vent. Une civilisation désenchantée qui s’oublie, glousse dans son triple mensonge, dans sa ceinture de disgrâce. Un monde qui s’étonne de la résonance pauvre de son cerveau vide, de ses vases communicants : se remplir la panse et se dégraisser les neurones. Un constat effrayant. Un processus insidieux mais d’une agressivité inouïe. Jour après jour, nos voyages en dégoutation gustative précipitent la culture finissante vers un désastre inéluctable, la perte du goût et, par-là,… celle de l’esthétique.

Lecture musicale : Vladimir Cosma, L’Aile ou la Cuisse (Concerto gastronomique)

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