Story 106 : Le recommandé

RecommandéIl gît au fond de la boîte aux lettres, dans son jus de mauvaises nouvelles potentielles : un recommandé – papelard de merde. Avis de passage. État d’alerte. La remise contre signature n’a pas eu lieu pour cause d’abandon momentané du domicile. Le facteur est déjà loin, porteur d’autres récépissés malodorants, ailleurs, chez clampin d’en face ou d’à côté. Papier rouge et blanc, aux couleurs de la sainte institution postale. Le cadeau empoisonné qui inaugure un énième cycle d’absurdités. Expéditeur anonyme. La surprise sera totale… demain. La soirée et la nuit s’annoncent pourries. La parano s’installe. Lettre d’avocat, C4, facture ? Ou alors une bonne vieille convocation – pour lequel de nos méfaits encore ? L’antipoésie administrative pollue les idées, elle peuple les songes de bouches qui invectivent, menacent, réclament. Le recommandé est sans doute le petit instrument de torture mentale le plus abject qui soit. Accusé de tout et n’importe quoi. Accusé de réception d’un pli qui ne dit rien, mais suggère le pire, du moins des complications goût paperasse. Le soleil noir se lève enfin, mais pas encore le voile des doutes. Les bureaux vont ouvrir. Courbant l’échine, on marche vers l’échafaud pour signer, accuser le coup, accueillir cette annonce épistolaire dont l’auteur sera dévoilé pour – c’est certain – notre plus grand déplaisir.

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