Story 45 : C’est beau une femme qui lit

FemmeLes paupières semblent fermées. Le visage est légèrement penché en avant. Le regard posé sur le papier, sur les pages qui tournent presque imperceptiblement, sur les lignes du temps qui s’est arrêté. C’est beau une femme qui lit. De face, de côté. Dans un bistrot, dans un train, dans une baignoire, dans nos songes. Sur une terrasse, sur un banc, sur une butte herbeuse. C’est un spectacle apaisant, celui d’une femme emportée par des mots, emmenée par un auteur et son univers. Guetter un signe sur son visage, une approbation, un sourire de connivence avec le texte, une ridule de satisfaction à la commissure des lèvres, un léger dodelinement de la tête. Et ses yeux ? De quelle couleur sont-ils, ses yeux ? Ces yeux qui ne décident pas à marquer une pause, qui lisent avec une avidité tranquille. Le titre a peu d’importance – à moins qu’il ne s’agisse de celui-ci : C’est beau une femme qui lit. La position l’emporte, la sienne, celle de cette femme en mode lecture. Le buste à la fois droit et détendu, les cheveux attachés, la nuque dégagée. Le livre tenu à une distance appropriée. Les mains gracieuses qui se frôlent, comme pour une prière de papier. Garder l’image intacte. Partir avant qu’elle ne relève la tête, avant que le roman ne se referme… avant qu’elle cesse de diriger son regard vers des illusions.

Lecture musicale : Claudine Longet, Nothing to loose

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