Story 46 : T’as grossi, non ?

Balance2L’avantage de voir les gens en continu, sans trop laisser passer les semaines, c’est de leur soumettre en permanence notre corps. Un corps qui évolue, certes, mais imperceptiblement au fil des jours. Un corps qui accoutume aux menus changements l’œil des collègues, de la famille, des amis. Une fréquentation moins soutenue et on s’expose à des attaques du genre : « T’as grossi, non ? » Un regard déplaisant vient d’être posé sur vous, sur votre enveloppe charnelle. Un constat aussi, qui implique un certain relâchement – trop de restos ces derniers temps –, voire une démission physique, passagère ou définitive. Les années prennent de plus en plus de place, elles sont de plus en plus lourdes à déplacer, à asseoir face à votre interlocuteur. Les kilos superflus assassinent, ils dénoncent, ils vous accusent du pire, de l’abandon, de l’inélégance acquise. « T’as grossi. Mais si, t’as grossi ! » Un coup que les gens aiment asséner pour se rassurer eux-mêmes. L’inverse est possible, bien que plus rare : « T’as maigri, non ? » Mais jamais pour complimenter, jamais pour flatter – jalousie, jalousie ! Plutôt pour souligner une méforme physique ; maladie, dépression, rupture ? Nos corps et les commentaires qu’ils suscitent – vases communicants – sont notre reflet social, celui de surface… celui qui ne sert à rien.

Lecture musicale : Philippe Sarde, La Grande bouffe

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