Story 54 : Occupé!

OccupéC’est à n’y rien comprendre. Le supermarché a beau être quasiment désert, il y a toujours quelqu’un solidement campé devant le rayonnage convoité. Pile poil à l’endroit où on compte s’arrêter. Un homme, une femme, un ado… qu’importe. Mais un empêcheur éternel. La bouche ouverte, indécis devant un étalage de conserves – des petits pois, des salsifis, une boîte de thon à l’huile d’olive ? Il faut alors se caler juste derrière, manifester son impatience en soufflant ou en claquant la langue, jouer des coudes, à l’ancienne. Même chose en librairie, au rayon littérature française ou face aux romans policiers américains. Autant de travées que de lettres de l’alphabet, mais il faut qu’un quidam soit à l’arrêt devant la lettre de nos désirs – un auteur belge, mais qu’est-ce que c’est ? Ce genre de micro-embouteillage jette le doute sur nos nourritures du corps et de l’esprit. Quelque chose de déplaisant, qui nous ramène vers la masse, vers nos si chères particularités… qui sont en fait très générales. Tous attirés vers les mêmes chimères. Occupé ! Encore et toujours occupé ! Jusqu’à la libération. Les gêneurs dégagent et voilà l’achat enfin à portée de main. Mais c’est alors un autre chemin de croix qui commence. Car, comme si un signal avait été donné, tout le monde se dirige vers la caisse restée inoccupée jusque-là…

Lecture musicale : The Roots, Stay cool

 

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