Story 93 : Autoroute de nuit

Autoroute_nuitManger les kilomètres, l’asphalte, la noirceur. Foncer dans le tableau à tombeau ouvert. Se mêler aux guirlandes automobiles. Phares arrière rouges, phares avant blancs. Deux traînées lumineuses évoluant dans des sens opposés, pour nous rappeler que rien n’est figé, que les changements de cap existent. Autoroute de nuit. Seul dans l’habitacle avec une musique sombre, avec pour toute compagne sa voix intérieure qui murmure ou invective. Gagner une contrée plus prometteuse, renier le point de départ, cette ville devenue insupportable. Quitter – fuir ? – une femme ou la rejoindre pleins gaz. Sur les côtés, des étendues infinies, inquiétantes, herbeuses ou forestières, construites ou en friches. L’autoroute de nuit est une promesse, un appel et un abandon. Une course contre le temps qui se lézarde pour éviter le jour. Traverser une région, un pays, un continent. Rêver d’atteindre les limites en taquinant la Camarde pied au plancher. Les heures passent, elles meurent happées par la vitesse. Bientôt les dernières voitures, les derniers camions. Enfin solitaire sur la route avec les lignes blanches pleines ou segmentées comme unique fil d’Ariane. Les pensées nocturnes et enténébrées vagabondent. La destination n’a plus d’importance. C’est la principale vertu du déplacement, faire le vide et fixer l’horizon… où il y a forcément de la lumière.

Lecture musicale : David Bowie, I’m Deranged

 

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