Story 94 : Le mail

 

MailC’est une torture mentale. Combien de clics ? Combien d’actualisations de la page ? Le facteur passe à une heure régulière et puis c’est tout pour la journée. On peut reporter ses attentes au lendemain, cesser de se tourmenter. Le mail, lui, est pervers, il peut tomber à tout moment. Il est vecteur d’une terrible – parfois d’une effroyable – incertitude. L’écrire, c’est se mettre dans l’attente. Poser une question banale au départ mais qui, au fil des heures, parfois des jours, devient problématique, obsessionnelle. Amour, famille, amis, travail. Rien n’est épargné. La rapidité de communication que propose le mail est inversement proportionnelle à la lenteur assassine que peut générer l’absence de réponse. On se met à dépendre de quelques mots qui flottent sur la toile – et s’ils étaient tombés dans les spams ? Il existe une espèce de permissivité en la matière. Ne pas répondre immédiatement est devenu la règle. Relancer ? C’est prendre le risque de se retrouver dans une attente deux fois plus étouffante, assortie d’une petite gêne, l’aveu de son impatience. Une relation malsaine entre celui qui attend et celui qui se fait attendre. Un jeu mesquin – « Celui-là, il peut encore mariner un moment ! » Et soudain la délivrance, alors qu’on n’y croyait plus : un message vient de tomber dans la boîte virtuelle – bonne ou mauvaise nouvelle ?

Lecture musicale : Justice, Stress

 

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