Tout ça

L’intégration dans une communauté, le séjour entre les murs d’un centre aux allures carcérales, l’évocation sensible des origines, la quête d’une voie à suivre et, au bout de cette route, la possibilité d’un ailleurs accueillant. A travers cinq nouvelles, deux auteurs italiens et trois auteurs belges retracent le parcours en Sicile, en Calabre et à Bruxelles d’Ahmed, un personnage universel confronté au regard d’autrui. Car les races, les religions, les classes sociales, les systèmes économiques ou politiques engendrent exil et recherche d’identité. Plus que l’acceptation de la différence, c’est la négation de celle-ci qui est mise en avant dans Ahmed : la rencontre de l’autre, cet être qui nous ressemble étrangement.

Parue dans ce recueil, la nouvelle intitulée Tout ça met le narrateur face à ses origines. Elle montre aussi l’obscurantisme qui, hélas, découle souvent des différences sociales.

Tout ça (nouvelle), in: Ahmed, collectif, Bernard Gilson Editeur, 2009.

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« Je me suis toujours considéré comme un intrus. Un gars que les autres regardent de travers parce qu’il est différent. Un type qui ne trouve pas sa place et qui se ronge en faisant ce constat : il n’y en a pas pour moi, de place, tout simplement. Condamner à errer sur les routes, sur les chaussées rectilignes reliant les villes, ou au sein même de ces dernières, dans la tortuosité de leur tissu ancien, je ressasse. Je repense à tout ça, ces idées sombres que je recrache sur le pavé telles des mollards tabagiques. Je n’ai pas d’attache, le quartier de mon enfance n’existe pas. J’aurais préféré qu’il ait existé et qu’on décidât un jour de le raser. Les choses auraient été tellement plus simples. Je serais revenu sur les lieux des années plus tard. Devant l’immeuble à appartements qui aurait succédé à la maison familiale, j’aurais eu un pincement au cœur, avec des flashs me revenant comme autant d’uppercuts. Je me serais alors installé dans le bistrot d’en face. Après quelques bières, j’aurais sorti un carnet et dessiné la tour en représentant le nombre exact d’appartements. Le croquis terminé, je m’en serais servi comme dessous-de-verre, jubilant de voir les contours de l’immeuble s’effacer à cause des gouttelettes de bière. Cet immeuble n’existe pas, la maison familiale non plus. Si cette absence me bouffe, si elle m’ôte toute possibilité de pèlerinage vers la case départ… elle n’est rien à côté de tout ça. »

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